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Entretien avec Roger Zabel : « Cet excès de proximité donne l’impression qu’il parle à des enfants »

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Roger Zabel est un journaliste sportif. Vous avez pu entendre sa voix sur RTL, France TV, TF1 ou encore Europe 1.

La semaine dernière, il a critiqué le tutoiement des athlètes par les journalistes de France 2 et France 3. Pour DirectNews, Roger Zabel s’explique, nous parle de son parcours et de ses envies.

Sorti de l’école de journalisme, vous animez entre autre le Tour de France pour RTL de 1975 à 1981.
Comment rentrez vous dans la grande maison RTL ?

En fin de première année de l’ESJ après mon service militaire, j’ai rencontré Pierre Douglas, journaliste à RTL, lors d’une partie de tennis à l’île aux Moines à l’été 1973. Je ne savais pas qui il était puisque celui qui jouait en face de moi était Pierre Melon le vrai nom de Pierre…Il m’a obtenu un rendez-vous avec le directeur de la rédaction de RTL, qui m’a pris en stage pour 2 mois.
A la fin de ce stage un CDI s’est libéré et m’a été proposé. Comment ne pas sauter sur l’occasion.?

J’ai commencé au service société (faits divers à l’époque) …6 mois plus tard, Guy Kédia, une des plus grandes voix du sport à la radio, m’a accepté au service des sports. J’y suis resté huit ans et j’ai eu le bonheur de couvrir 8 tours de France sur la moto, les JO d’été et d’hiver, la Coupe Davis, Roland Garros, les Masters, Wimbledon, le championnat de France de foot, les coupes d’Europe etc.
RTL a été ma véritable école et Guy Kédia mon maître à la radio.

En 1981, vous arrivez sur Antenne 2. Vous participé à Stade 2, comment trouvez-vous la nouvelle version de cette émission ?

J’y ai participé à l’époque où Robert Chapatte qui m’avait engagé la présentait. C’était le grand Stade 2 avec Roger Couderc, Thierry Roland, Pierre Salviac, Richard Diot, Jo Choupin et des « jeunes » comme le regretté Jean Mamère, Lionel Chamoulaud, Dominique Leglou. Gérard Holtz nous a rejoint un peu plus tard.
L’émission était conviviale, parfois drôle mais le niveau que nous imposait Robert Chapatte nous tirait vers le haut et j’ai beaucoup appris au contact de ces dinosaures de la TV.

Aujourd’hui l’émission n’est tout d’abord plus la seule émission de sport. A mon époque, il n’y avait que 3 chaînes donc pas ou peu de concurrence.

J’aime beaucoup Céline Géraud (présentatrice de Stade 2), je la trouve très bonne pro, efficace parfois même autoritaire avec « ses garçons ».

Je pense que malheureusement, cette émission n’a pas suffisamment évoluée et elle n’y est pour rien. C’est, toutes proportions gardées, la même émission depuis sa création.

Aujourd’hui il faut plus de rythme, avec par exemple un « déroulant » pour les résultats de la journée qui éviterait de longues litanies . Des reportages courts, commentés efficacement sans jeux de mots à 2 balles comme nous en faisions il y a 40 ans.

Il faut des débats, le sport est une mine où la polémique est omniprésente.
Il faut sortir de la routine dans laquelle nous sommes installés depuis trop longtemps. Le bon exemple à mon humble avis, c’est le CFC sur Canal + avec des experts qui décortiquent les matchs, des images, des palettes, des statistiques (pas trop)… Canal+ a été et demeure, grâce à mon ami Charles Bietry (certains vont sourire) qui malheureusement n’a pu imposer sa patte à France 2, Canal + a été et demeure le précurseur, le modèle du sport à la TV.

Puis l’on vous voit dans Télématin, Téléfoot, Automoto ou encore Va y avoir du sport. Quelle émission vous a le plus marqué ? Pourquoi ?

Toutes m’ont marqué de manière différente. Télématin est l’une de mes préférées, avec une équipe dirigée par Daniel Patte et des chroniqueurs qui travaillaient bien sans se prendre au sérieux: Sophie Davant, Jean Daniel Flaisakier, avec qui nous avons eu de nombreux fou rires.

Téléfoot, j’ai beaucoup aimé, mais Thierry Roland voulait récupérer cette émission qu’il estimait lui revenir. Comme les audiences étaient bonnes et pour ne pas me froisser, la direction de TF1 a fait faire un sondage qui révélait que Thierry avait une image de footeux et moi de généraliste. Ils auraient pu économiser quelques milliers d’euros…C’était une évidence et c’est de bonne grâce que j’ai cédé mon fauteuil à Thierry.

Automoto, j’ai aussi beaucoup aimé travailler avec Jacques Bonnecarrère.

J’ai présenté tellement d’émissions y compris les plus improbables…Mais ma grande fierté est d’avoir été « sélectionné » par Christine Ockrhent avec qui je travaillais, pour présenter le journal de 23 h à l’été 83 et d’avoir reçu un coup de fil de Pierre Desgraupes qui m’avait alors félicité… ça vaut tous les 7 d’or du monde.

Et puis il y a eu, entre autres, « Va y avoir du sport » sur TF1, premier talk show sportif avec Dominique Grimault et toutes les grandes signatures du journal l’Equipe en 1991…C’était débridé et sans concession. Une émission où nous n’avions pas épargné les dirigeants du golf français nous a été fatale. Mais cette émission était une vraie nouveauté où nous avons fait démarrer, entre autre, Guy Roux.

Les internautes critiquent assez violemment Christian Jeanpierre (commentateur sur TF1 et présentateur de Téléfoot). Pensez vous que c’est mérité ?

C’est un journaliste que j’ai connu très jeune alors que j’étais l’adjoint de Dassier aux sports de TF1.
J’ai beaucoup d’amitié pour lui car c’est un homme droit, fidèle et un journaliste très travailleur. Alors on aime ou on aime pas, mais le « Jeanpierre bashing » est injuste ou alors que devrait-on dire de certains confrères confits dans leurs certitudes qui s’accrochent à leur fauteuil et nous infligent depuis des décennies des commentaires d’un autre temps.
Et puis sur internet et dans les sondages « bidons » personne n’est épargné.

Je me souviens que sur le site d’Eurosport dont j’ai dirigé la rédaction, j’ai lu des horreurs sur tous mes confrères pourtant tous extrêmement pointus sur leurs disciplines. J’en ai pris pour mon grade également.

Christian a eu le courage de succéder à Thierry Roland qui lui même n’a pas été en reste au niveau des critiques. Ses commentaires sont peut être moins techniques que sur Canal + ou Bein mais à TF1 on s’adresse à un public beaucoup plus vaste et moins pointu.
Je crois savoir d’ailleurs que Christian va s’expliquer prochainement dans un livre.

En 1989, vous recevez le 7 d’or du meilleur journaliste sportif. Vous avez toujours le trophée ? C’était une consécration pour vous ?

Oh que non ! Même si cela flatte l’ego. J’ai toujours ce trophée bien sûr, mais il est cassé ! L’affreux Christophe Dechavanne un bon copain, l’a fait tomber en faisant le zouave à la sortie de la cérémonie. Me faire ça à moi qui l’avait fait entrer à Canal+ en 1984 en le recommandant auprès de Denisot.

Ce fou rire est l’un de vos meilleurs moments à l’antenne ?

Par la force des choses et c’est probablement la séquence la plus rediffusée de ma carrière. Un fou rire est presque toujours un très bon souvenir.
L’histoire que je tente de raconter est totalement vraie et cet athlète américain dont j’essaie d’expliquer la mésaventure est un héros aux USA. C’est lui qui portait la bannière étoilée aux JO de Sidney. Membre de l’équipe nationale de football, il est passé au canoë kayak par la force des choses !
Je revois surtout mon ami Vincent Hardy, qui par parenthèse devrait faire son retour au journalisme très rapidement, incapable de dire quoique ce soit pour me sortir d’affaire.

Aujourd’hui, vous êtes absent des médias. Pourquoi cette absence ?

Je suis en retraite et je passe 60% de mon temps à l’Ile aux Moines où mon activité principale consiste à pêcher le bar avec mes amis… . Je ne suis pas à plaindre, loin de là, je profite d’une grande qualité de vie dans cet endroit de rêve et de mes petits enfants.

En réalité, je me suis fait débarqué d’Eurosport, comme par hasard, dès qu’Etienne Mougeotte, Vice Président de TF1 a quitté le groupe, au prétexte que j’étais trop vieux et que je coûtais trop cher et puis certains avaient sans doute des comptes à régler avec moi.

J’ai rebondi en dirigeant deux écoles de journalisme durant 4 ans.

Laurent Ruquier m’a recruté dans sa bande entre temps et je ne l’en remercierai jamais assez. Dans ce métier , du jour au lendemain, vous n’êtes plus personne mais c’est la règle du jeu.
Vos amis d’hier vous lâchent, d’autres comme Ruquier n’oublient pas. D’ailleurs il n’est pas impossible que je le rejoigne de temps à autres aux « Grosses têtes » à RTL la maison de mes débuts.

Avez-vous envie de revenir à la radio ou à la télévision ?

Pourquoi pas en tant que chroniqueur de temps à autres ? Mais quand je vois certains de mes confrères archi cuits, je me dis que la tournure des choses a fait en sorte que je ne fasse pas le match de trop et ce n’est pas plus mal. Place aux jeunes !

Récemment, vous avez critiqué les journalistes de France 2.
La raison : Le tutoiement des athlètes par les journalistes.
Vous avez une dent contre Patrick Montel ?

Pas du tout. J’ai travaillé à Stade 2 avec lui dans les années 80 et nous nous sommes retrouvés sur Europe 1 Sport. Je lui reproche seulement cet excès de proximité, qui donne l’impression qu’il parle à des enfants lorsqu’il s’adresse à des athlètes. Et puis, le vouvoiement est une règle immuable quand on est journaliste.

Imaginez que Pujadas tutoie un ministre à l’antenne ! Un sportif de haut niveau est tout aussi respectable qu’un ministre. C’est mon point de vue et on n’est pas obligé de le partager.

Des rumeurs circulent sur internet comme quoi vous êtes malade. Pouvez vous nous en dire plus ?

Un beau jour je me suis mis à perdre mes cheveux et plutôt que la moumoute, les implants ou une calvitie géante, je me suis rasé la tête. Certains bien intentionnés ou mal informés, en ont déduit que je suivais une chimio….Le bruit est parti sur internet, il y a pratiquement 10 ans, et depuis on me demande si je vais mieux ! On m’a même annoncé mourant. Cela m’arrivera probablement un jour, mais je ne suis pas pressé !

Donc en bonne santé ?

Tout va pour le mieux, je m’entretiens en courant régulièrement. Pour info, j’ai à mon « palmarès » un marathon et une bonne vingtaine de semi marathons et 20km what else ?.

Interview thématique Le sport pour vous :

Canal + ou Bein Sports ?  Canal+ dont je peux me targuer d’avoir créé le service des sports en 1984 avec mon ami Charles Biétry

Christian Jeanpierre ou Grégoire Margotton ? Jeanpierre sur TF1 et Margotton sur C+

La meilleure chaîne pour regarder du sport ? Canal+

Le plus grand sportif que vous ayez connu ? Impossible d’en retenir un seul, j’aime trop le sport pour ça.

Le moment le plus drôle de votre carrière de journaliste sportif ? Bien évidemment mon fou rire d’Atlanta.

Le moment le plus gênant de votre carrière de journaliste sportif ? En 1977, je me suis planté en direct sur l’ arrivée au sprint du championnat de France cycliste. J’ai confondu 2 coureurs qui portaient le même maillot de l’équipe Flandria et j’ai fait gagner Bittinger alors que c’était Tinnazy qui l’avait emporté d’un boyau. Il faut dire que c’était ma première arrivée au sprint en direct à la radio.

Le sportif le plus drôle ? Ivan Lendl (sourire)

Le sportif dont vous savez très bien qu’il ne tourne pas qu’à l’eau ? On a toujours malheureusement des doutes pour certains mais sans preuve je ne peux vous donner un nom. Ce serait malhonnête.

2 thoughts on “Entretien avec Roger Zabel : « Cet excès de proximité donne l’impression qu’il parle à des enfants »

  1. les journalistes ont un culot, ils croient que tout leur est pemis.
    quand je regarde (de moins en moins le journal tf1 ou fr2 -avec pugadas) l’objectivité leur fait défaut, par contre ça transpir le « copinage » politique

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