Entretien avec Cyrille Eldin : « On se fait remanier sans cesse dans la vie. Au fond, une vie est un CDD. »

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Cyrille Eldin, c’est Monsieur Reporter chez Canal +. On le voit dans « Le supplément » mais aussi dans « Le Petit Journal » depuis la rentrée.

Il interroge les politiques d’une façon particulière, originale limite ironique. En juin, il a sorti un livre sur les politiques. Le titre : « Remanie-moi ».

Pour DirectNews, Cyrille Eldin passe de l’autre côté de l’interview :

Vous êtes tous les dimanches dans « Le supplément » et maintenant dans « Le petit journal », une vraie ascension.

Comment dois-je vous nommer ? Le grand Eldin Reporter ? Eldin le reporter Président ?

(Rires) Je ne sais pas moi, on me nomme comme on veut. Effectivement, on a tourné la première pour « Le Petit Journal ». C’est un rendez-vous face à moi. L’interview se passe à table, sur un banc. C’est différent, par rapport à ma séquence dans « Le Supplément », là ce sont des questions sur le fond. Dans « Le Supplément », ce qu’on retient c’est l’impertinence.

Dans Le Petit Journal, je vais faire l’interview de députés qu’on ne connait pas ou peu. J’ai un producteur en qui j’ai confiance. Donc j’ai confiance en cette chronique. On essayera de provoquer du rire. On pose la vision par rapport au k.o de la politique actuelle. Je ne suis pas complice, méchant donc j’obtiens d’eux des choses différentes. C’est assez jubilatoire, contrairement au cinéma et au théâtre, les gens de Canal + veulent aller faire du cinéma après Canal. Moi j’ai 10 ans de théâtre. C’est extrêmement chiant de tourner. Là, l’exercice est mille fois plus excitant. C’est vivant, dans l’impro.

 Des nouveautés à venir pour « Eldin reporter » ?

On reste sur la même durée, on va s’organiser encore mieux. Je suis comédien à la base, on développe l’écoute. En écoutant les politiques, j’essaye de faire un parallèle avec des pièces de théâtre. Les chroniques de l’an dernier, on a essayé de trouver un côté théâtre. J’ai plus de relations avec les hommes qu’avec les politiques.

Comment préparez-vous votre chronique  au contact des politiques ? Heures de tournage ?

La moitié est écrit. Oui je prépare mais il se passe toujours quelque chose. J’écris un sujet idéal mais qui est rarement respecté.

Dans « Le Petit Journal », j’avais écrit le plan parfait mais il s’est passé autre chose. Le truc que m’a apporté le théâtre, c’est l’écoute.

Ça donne un coté électron libre, mais tout dans le respect. C’est la base de mes interventions de respecter les hommes politiques.

Quand j’ai connu François Hollande en 2009, il n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Maintenant, je l’appelle Monsieur le Président pas François. Il faut respecter les fonctions.

Pour les tournages, j’en fais 4 par semaine. J’obtiens 1 heure de séquence que je dois ramener à 7 minutes.

C’est quoi le secret pour poser la bonne question ?

La bonne question, elle faut qu’elle soit évidente, qu’elle parle à tout le monde. Faut qu’elle relève plus de l’émotion que de la culture.

Par exemple, à Marine Le Pen qui veut revenir au franc, je lui ai pose : « Pour vous l’avenir c’est le passé ? ».

Parfois, ça vient assez vite, parfois non. Les questions ne sont pas toutes évidentes.

Quand j’ai croisé François Hollande au salon de l’agriculture. Il était hors de question de rentrer dans l’intimité avec son histoire avec Julie Gayet, mais il était hors de question de ne pas le dire. Le truc que j’ai trouvé, c’était de parler de son histoire en disant que c’était la mienne.

Cyrille Eldin « Je ne sais pas vous, mais moi j’ai eu une année très compliquée. Sur le plan privée, mon couple a failli capoter, mes enfants sont très exigeants et capricieux. A Canal, on me reproche de m’occuper de sujets mineurs. »

François Hollande : « Je les comprends »

Il faut avoir l’air impertinent.

C’est un Président, seul à l’Élysée, il n’a plus de copains. Au bout d’un moment, il faut venir à son soutien. Cette année, avec une République en faillite, on va venir en soutien des politiques. Allez, on se serre les coudes les copains.

Vous avez déjà eu peur de vous faire frapper par le service de sécurité ou par un politique ?

On est sur le fil, plus on est cadré, plus on trouve une liberté. Ils sont soucieux de leur image. Le service d’ordre m’empêche de voir les politiques plus qu’il me frappe. C’est le jeu du chat et la souris.

Vous avez dit : « François Hollande n’a pas d’égo » mais vous alors ? 

Je me suis posé beaucoup de questions sur l’égo. C’est juste une projection qu’on a de soi par rapport à la mort. Je ne veux pas partir dans un truc trop philosophique. Après, il existe aussi des enfants gâtés.

Le mec qui dit qu’il est heureux, il ne l’est pas. Donc la personne qui dit qu’il a de l’égo , n’en a pas. Le fait de faire un livre, c’est de ne pas avoir d’égo mais après ça paraît de l’égo. Tout d’un coup, c’est un acte généreux. On donne quelque chose, prendre le risque de déplaire est une absence d’égo. Avec de l’égo, on le ferait pas.

L’égo me fait peur. Ça nous fait passer pour un con. En France, tout le monde n’a plus que de l’égo. En politique, ils se rassemblent pour être meilleur que les autres avec lesquels ils se sont rassembler.

Chacun a son mouvement en politique, entre debout la république, assis la république, bleu marine, bleu clair. L’égo bouffe tout le monde. Faut y penser et rester discret.

Pourquoi ne pas faire la même chronique avec des célébrités ?

On verra ça, pas forcément des célébrités mais des fortes personnalités. Ce qu’il y a de bien avec les politiques, il existe un côté s’en prendre au pouvoir. C’est plus fort de déstabiliser des gens comme des politiques car leurs actes ont des conséquences sur le chômage, la crise.

Ça peut être bien aussi de faire autre chose avec d’autres gens. On y pense.

Dans votre livre, on apprend que vous vous voyez en dehors avec des politiques ( Balladur, Jacob, Le Roux). En fait, c’est du copinage entre vous et les politiques ?

Non, le copinage est à proscrire. Dans le fond, ça ne serait pas très grave. Quand je jouais au théâtre, il y en a qui sont venus me voir. On a des liens après la pièce, pour les remercier d’être venus. Mais pas de lien : si je viens te voir au théâtre, je ne t’embête plus. Il y a l’actu qui permet de les emmerder. J’ai des bons rapports avec Martine Aubry, par exemple. Je me suis jamais retrouvé à bouffer avec elle, alors que j’aimerais bien. Elle a une dimension qui me fait rire. Elle imite Ségolène en privé.

Votre livre trace des portraits de politiques, on a l’impression que c’est un livre pour attirer les politiques à votre micro la saison prochaine ?

Non parce que si on lit entre les lignes, j’essaye d’être objectif. C’est sûr le même principe que la chronique, il y a une caresse et une pique. J’ai eu envie de dresser un portrait de chacun. Moi aussi , je dois me dévoiler un petit peu. A part avec Borloo avec qui je suis sympa, les autres je fais le chaud et le froid.

Comment ont réagi les politiques à votre livre ?

Je n’ai pas eu d’écho direct, j’ai croisé Copé qui a lu mon livre. Il m’a dit qu’il fallait que je rentre dans le concret, il veut peut-être que je fasse un livre que sur lui.

La conseillère de Valls m’a dit qu’il avait aimé.

Pourquoi ce titre « Remanie-moi… » ?

C’est parce que je me doutais qu’il y avait un remaniement deux mois après (rires). C’est venu après un sketch sur le salon du livre, on voyait le remaniement venir. Le titre est bien pour un livre. Remanie moi comme tu veux, on se fait remanier sans cesse dans la vie. Au fond, une vie est un CDD.

Avez-vous reçu des appels de la part des radios ou chaînes de télévision pour les rejoindre cette saison ?

Un peu de la part de la télévision. Mais j’ai fermé la porte. Je suis bien à Canal, c’est celle qui reflète le plus le ton. Il nous laisse du temps. C’est la chaîne la plus adaptée pour ce que je fais.

La radio, on ne m’a rien proposé. Ça me tente. Chaque chose en son temps. Je vais faire un documentaire sur la politique aussi sur Canal Plus. Je ne suis pas pressé.

J’ai pas trop d’ambitions.

Interview : Une phrase à une personne. Je vous donne une célébrité, un politique. A vous de me dire, quelle phrase aimeriez-vous lui dire.

Nicolas Sarkozy : «Comment se fait-il qu’un décideur, comme vous, hésite aussi longtemps pour revenir ?»

François Hollande : «Est-ce que plus on a d’ennemis, plus on est tranquille ?»

Franck Ribéry : «Maintenant que vous n’êtes plus en Equipe de France, avez-vous envie de profiter des à cotés de la vie ?»

Cyril Hanouna : «Est-ce que la meilleure drogue n’est pas de se doper à l’humain ?»

Arthur : «Comment va Depardieu ?»

Yann Barthès : «Plus t’es discret, plus on te voit»

Nabila : «C’est pas très malin d’avoir l’air malin, c’est pour ça que je pense que tu es la plus maline »

Jean-François Copé : «C’est pas mal d’avoir été remplacé par 3 anciens premiers ministres»

Ségolène Royal : «Quand est-ce que vous recollez les morceaux avec François ? Donnez lui une deuxième chance.»

Cyrille Eldin : «Es-tu schizophrène ? Oui mais moi pas.»

 

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